ENREDO (thème) 2007

"O Maracatu Nação"

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Histoire du maracatu

Pernambuco, creuset culturel

Découvert en 1500 par le portugais Cabral et colonisé en plusieurs vagues par les européens (portugais, français, hollandais), puis ayant connu plusieurs vagues d’immigration (allemands, espagnols, japonais….) liées aux différents cycles économiques (or et diamant, café, caoutchouc,…), le Brésil moderne constitue un lieu de rencontre particulièrement riche en échanges interculturels. Cette richesse s'est souvent développée dans le sang et la souffrance, avec une extermination à près de 94 % des autochtones et une déportation de plusieurs millions d'africains à travers le commerce triangulaire. L'histoire de l'état du Pernambuco commence avec la création, en 1534, d'une capitainerie par les portugais, Olinda. La production de canne à sucre va rapidement susciter l'intérêt des hollandais qui envahiront la région et créeront la ville de Recife, plus compatible géographiquement avec leurs terres planes natales. Reconquise en 1654, la ville continuera à se développer sur le plan industriel, puis tertiaire, pour finir par se tourner de façon importante vers le tourisme. Par ailleurs, Olinda, en tant que ville historique
classée par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité, reste un lieu attractif et prisé des touristes brésiliens et étrangers.
Cette histoire singulière a conduit à de nombreux métissages entre populations d'origines diverses. Sur le plan culturel, on ne compte pas moins d'une quinzaine de traditions vivantes, dont un grand nombre intègrent des éléments amérindiens : frevo ( de bloco, de rua, canção), maracatu ( nação, rural), caboclinhos, ciranda, bumba meu boi (et sa variante cavalho marinho), samba, samba de coco, etc.

Une tradition pluriséculaire

Le maracatu nação constitue une des plus anciennes manifestations culturelles portée par les esclaves africains au Brésil. Les premières traces écrites de sa présence remonteraient à l'année 1711, dans la ville de Olinda (Pernambuco). Il aurait atteint son apogée au milieu du XIXe siècle ; la ville de Recife comptait alors près de 300 formations de maracatu.
Afin de faciliter la gestion des esclaves noirs sur le soleil brésilien, les colons portugais mirent en place, à partir de 1538, l'institution de rois et reines noires protégées par les confréries de Nossa Senhora do Rosário e São Benedito (Notre Dame du Rosaire et Saint Benoît). Ce couronnement, qui emprunte aux codes hiérarchiques et vestimentaires de la cour portugaise, a constitué le cœur de la tradition du maracatu. Il peut ainsi être considéré comme une des nombreuses formes de survie culturelle des esclaves africains sur le sol brésilien. Selon João Roberto Peixe (2001) : "le Maracatu est un mouvement noir car la lutte pour un espace politique et social se réalise également au travers de l'art. Et l'art fait l'histoire, une manifestation individuelle qui, devenant collective, transforme." Il ajoute : "Le Maracatu chante la vie du Noir, héritier du pouvoir et de l'esclavage, qui cherche l'intégration sociale au travers de rythmes représentatifs de foi, avec une expression marquante dans la danse et la musique."
Après l'abolition de l'esclavage (1888), la disparition du rite de couronnement a provoqué un changement d'objet et de dates du maracatu, qui se produit aujourd'hui pendant les jours consacrés aux Rois Mages, ceux des fêtes de Notre Dame du Rosaire et durant le carnaval.

Déclin et revivalisme

En 1937, le régime de l'Estado Novo de Getulio Vargas (régime de type fasciste) a mené une grande campagne contre l'activité des terreiros (lieux de culte) du Candomblé. Etant donné le lien étroit qui unit les deux communautés, cela constitua le début d'une période pendant laquelle beaucoup de maracatus vont disparaître. D'autres (comme le maracatu Leão Coroado) résistèrent, notamment grâce aux relations qu'ils maintinrent avec la classe dominante et la Police.
Dans les années '70, l'anthropologue Katarina Real prédit la disparition totale des maracatus, mais un courant revivaliste, sous-tendu par un désir de valorisation des cultures pernamboucanes, émerge finalement dans les années '80. La création de dizaines de nouveaux maracatus démentira ainsi la prévision de l'anthropologue : celle-ci remarquera d'ailleurs une nette augmentation au
niveau du luxe des costumes. Le groupe Maracatu Nação Pernambuco, sous la direction de Bernardino José, constituera un des fers de lance de ce regain d'intérêt pour la tradition du maracatu. D'autres acteurs importants, comme Antônio Nóbrega, ont également grossi le flot de ce courant revivaliste.

Mangue Beat

Le courant Mangue Beat, initié par Chico Science (de son vrai nom Francisco de Assis França) au début des années '90, apportera une contribution importante à la prise de conscience de la richesse du folklore du Pernambuco par les jeunes générations.
Le Mangue Beat (déformation médiatique de l'appellation originale, Mangue Bit) est un mouvement artistiquement innovateur et socialement engagé, symbole d'une affirmation culturelle et régionale fermement implantée dans un contexte moderne et mondial.
Sa musique relève d'un mélange d'ingrédients à la fois traditionnels (rythmes du maracatu, embolada, coco-de-roda et ciranda) et modernes (guitares électriques hardcore, samples et grosses batteries). Souvent comparée à celle d'un prophète, la voix de Chico Science porte des textes inspirés par la littérature de "cordel", sorte de surréalisme frisant le non-sens typique de la région. Chico Science décédera à l'âge de 30 ans dans un accident automobile, le 1er février 1997 (jour de la fête de Iemanjá, la Déesse de la mer). Devenu un véritable état d'esprit, le Mangue Beat continue à constituer un courant musical extrêmement productif.

Caractéristiques du maracatu nação

Différentes formes de maracatu

Vers le milieu du XXe siècle apparaît une autre forme d'expression culturelle apparentée : le maracatu rural (dit aussi maracatu de baque solto ou maracatu de orquestra) dont les racines seraient à chercher au sein des cambindas (travestissements d'hommes).
L'organisation du maracatu rural est très différente, sous de nombreux aspects :

Depuis de nombreuses années, on assiste à plusieurs sortes de métissages entre les deux formes de maracatu. Par exemple, il est possible de croiser un maracatu rural doté d'un cortège royal, ou un maracatu nação intégrant des éléments musicaux du baque solto (rythme seulement ou parfois intégration de cuivres pour remplacer ou compléter les toadas chantées).
Mais une des traces les plus visibles de ces échanges réside dans la présence du " caboclo de lança" effigie du maracatu rural an sein du maracatu nação. La volonté du gouvernement Vargas pour promouvoir une culture nationale a eu des effets
pervers sur le maracatu rural. En effet, tout élément qui pouvait diverger des codes culturels en vigueur devait être combattu. Considérés comme une dérive du pluriséculaire m aracatu nação, les groupes de maracatu rural ont subi de fortes pressions de la part de la jeune (créée en 1935) mais déjà très puissante Federação Carnavalesca de Pernambuco, dans l'objectif de les
conformer au modèle du maracatu nação.
Ceci explique l'intégration d'un Cortège Royal dans certains de ces maracatus et une conversion totale pour d'autres (ex : Cambinda Estrela). Avec le temps, bien que la Fédération ait fini par admettre le maracatu rural "avec une organisation de groupes similaires et la systématisation d'éléments aujourd'hui caractéristiques", il continue à
être largement dévalorisé par rapports à d'autres formes carnavalesques pernamboucanes.

Couronnement royal

Le cortège, qui figure le couronnement du Roi du Congo, adopte les codes hiérarchiques et vestimentaires des Cours Royales européennes. Les "rôles" se répartissent ainsi :

Il existe encore d'autres fonctions possibles : tous les cortèges ne les possèdent pas en intégralité. Les costumes du cortège royal, à base de velours, sont particulièrement soignés. Leur aspect luxueux, remarqué en 1908 par l'historien Pereira da Costa à propos du maracatu Cambinda Velha, a réellement été un précurseur de celui des écoles de samba de Rio de Janeiro, plusieurs dizaines d'années plus tard. On retrouve ce même souci esthétique dans la présence de véritables trônes royaux au siège de certaines associations de maracatu.

Liens sacrés : le Xangô

Le maracatu nação est fortement lié au culte syncrétique dénommé Xangô, une forme de candomblé. Cette relation étroite est symbolisée au sein du cortège par la présence de calungas (ou bonecas), sortes de poupées en bois et tissus qui représentent chacune un orixá (dieu du candomblé) protecteur. Chacun de ces orixás reçoit un nom occidental. Par exemple, dans le maracatu Leão Coroado, les deux calungas se nomment respectivement : Dona Clara (qui représente Oxum, la Déesse de la vanité, de la richesse, des rivières, des lacs et des cascades), Dona Isabel (qui représente Iansã, la Déesse des vents et des orages). En leur honneur sont parfois chantées les premières toadas : elles passent alors entre toutes les mains avant le départ du cortège. Ensuite, il revient aux Damas de Paço de les porter.

Musique et danse et dramaturgie

Sur le plan musical, le maracatu nação est structuré autour de toadas, courts chants entonnés de façon répétitive. Ces mélodies sont exécutées sur un mode dit "responsorial", typique de certaines régions d'Afrique de l'Ouest ; dans le cas du maracatu, il s'agit généralement d'un chœur (composé de l'ensemble des musiciens et danseurs) répondant à un soliste. Les paroles sont en portugais et intègrent parfois quelques éléments linguistiques du monde Yoruba. Elles évoquent des sujets en rapport avec le quotidien du maracatu (ex : couronnement, sortie d'un lieu de fête, hommage à une personnalité, …). D'un maracatu à l'autre, on retrouve des mélodies similaires, mais les paroles sont généralement différentes. Il semble exister un véritable jeu de permutations entre mélodie et paroles, ce qui contribue à constituer un corpus musical global relativement restreint.
Ces chants sont accompagnés par un groupe de percussions composé des instruments suivants :

Certains maracatus intègrent d'autres instruments, comme le timba, l'agogô ou l'afoxé.
En dehors de la voix des participants, aucun instrument mélodique ou harmonique n'est admis (ce qui n'est pas le cas dans le maracatu rural).
Comme dans toutes les traditions brésiliennes, les caractéristiques musicales du maracatu évoluent, intégrant de nouveaux éléments (ex : le gonguê duplo du maracatu rural) et en abandonnant d'autres (ex : certains alfaias sont construits à la manière des surdos du samba).
La caractéristique la plus remarquable sur le plan musical est une structure cyclique, très africaine qui adopte souvent des accélérations du tempo.
Sur le plan chorégraphique, on retrouve surtout un mélange de gestes afroïdes mêlés à la posture fière des membres d'une Cour Royale occidentale. Certains "personnages" peuvent adopter des postures différentes selon leur fonction (par ex : les esclaves, les indiens, les guerriers).
Le maracatu intègre donc une dimension dramaturgique simple dont la mise en scène évoque le défilé d'une Cour occidentale alors même que le couronnement est calqué sur celui du Roi du Congo africain. Au delà d'un certain sérieux apparent, certaines attitudes gestuelles pourraient ainsi évoquer une forme de dérision à l'encontre du pouvoir des maîtres blancs.

Contexte carnavalesque

Les festivités carnavalesques furent importées par les portugais sous le nom d'entrudo. Il s'agissait d'un divertissement violent, dans lequel les prétendants se lançaient toutes sortes de produits (farine, peinture, eau sale, etc.). Il fut interdit officiellement et se transforma peu à peu en batailles de serpentins et confettis. Dans le Pernambuco, l'entrudo portugais s'est transformé en intégrant des traditions d'origine africaine. Au XVIIe siècle, des esclaves issus d'organisation telles que la Compagnie des Transporteurs de Sucre se sont réunis lors de la Fête des Rois, formant des cortèges festifs.
Au XIXe siècle, frevo et passo apparurent, donnant au carnaval de Recife une identité unique au Brésil. A partir de cet instant, de véritables opérateurs culturels urbains organisèrent les premières associations carnavalesques dans les quartiers populaires. Au début, la plupart des groupes ont gardé une identité professionnelle fermée. Mais, avec le temps, des clubs plus ouverts virent le jour.

Quelques dates-clés :

Quelques maracatus célèbres

Sources :

Livres

GUERRA-PEIXE, Cesar, Maracatus do Recife. Recife : Irmãos Vitale, 1956
GARRABE, Laure, Les mises en scènes des mémoires dans le maracatu, article non publié ?

Internet

http://www.terrabrasileira.net/folclore/regioes/5ritmos/maracatu.html
http://www2.uol.com.br/JC/servicos/guiarecife/cultura.htm
http://www.fundaj.gov.br/docs/text/carnav11.html
http://www.pe.gov.br/carnaval/historia.htm
http://www.recife.pe.gov.br/especiais/brincantes/1c.html
http://www.recife.pe.gov.br/pr/seccultura/fccr/cadastro/especifico.php?catuacsequ=29&cccultsequ=3589
http://www.mondomix.com/fr/portraits.php?artist_id=35&reportage_id=35

 

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